Matoub Lounes assassiné un certain 25 juin 1998 : 19 ans déjà et la mémoire toujours vive

Aujourd’hui, on commémorera la mort l’assassinat crapuleux du chanteur Kabyle Matoub Lounes. Lounes a été lâchement assassiné à Talla Bounane, pas loin de centre centre-ville de Tizi-ouzou, en quittant le restaurant où il a déjeuné avec ses proches. En une poignée de secondes, la nouvelle a fait le tour du pays. Peu de gens ont cru à l’information. C’était le choc pour toute la population kabyle. Je participais ce jeudi 25 juin 1998 à la maison de la presse à la réunion du conseil national du syndicat national des journalistes. Il était environs 12h30 quand j’ai demandé la permission de sortir pour un moment, un ami m’a emboité le pas. A une dizaine de mètres nous avons croisé le directeur du journal El Watan qui, sans introduction, il nous a giflé avec « l’info » : « on vient d’assassiner Matoub. C’est dans une dépêche de l’AFP ». C’est le ciel qui nous tombait sur la tête. Immédiatement, nous entrons dans les bureaux du quotidien Le Matin. L’ami, qui n’est plus de ce monde, appelle Benchicou et l’informe de la triste nouvelle. Il demande un véhicule pour se rendre immédiatement à Tizi-ouzou. Avant de prendre la route, nous informons nos collègues du syndicat qui mettent aussitôt fin aux travaux de la session.

Grâce aux feux de détresse et à la vitesse, nous parcourons Alger-Tizi, 100 km, en à peine 40 minutes. La ville était comme frappée par la foudre. Arrivés à l’hôpital Nedir Mohammed, nous avions eu le sentiment que l’établissement s’est transformé en une énorme salle d’obsèques. Devant la morgue une interminable file d’étudiants et de citoyens anonymes attendait. Grâce à nos cartes professionnelles, nous avons pu entrer parmi les premiers. C’est à ce moment que notre ami « Moh Le Matin » a «volé» le cliché qui a fait le tour du monde. Matoub Lounes est bel et bien mort. Devant sa dépouille on n’était plus journaliste, étudiant, médecin ou pompier… On était juste quelqu’un qui venait de perdre à jamais un proche très cher, quelqu’un qui avait envie de pleurer. Quand nous sortons enfin de la morgue, nous constatons que la file a beaucoup grossi, tout le monde veut voir pour la dernière fois Lounes. Spontanément, une étudiante qui avait 22 ans environ, se détache de la foule, le cartable à la main, la voix aiguë, triste et éplorée, se mets à chanter. « De cette vie nous partirons…. », Entonne-t-elle avec courage. Tout le monde a eu la chair de poule. L’étudiante arrête de chanter et pleure avec une voix accablée le défunt et « notre lâcheté ». Nous avons cru qu’elle ne s’arrêterait jamais, mais d’un coup elle cesse de pleurer. Elle s’adresse à la foule dans cette langue de nos montagnes qui tue et ressuscite. « ….donc on va se taire. Eux l’ont tué. Et nous, nous sommes ici pour le voir mort. Nous rentrons chez nous pour pleurer. On ne fera rien ? Non ! Nous devons montrer au monde notre colère ». Ce dernier mot a eu un effet d’étincelle. La foule a changé de direction.

De la morgue vers la ville. A partir de cet instant, la foule est excitée et c’est le début d’une énorme manifestation qui a causé des pertes matérielles considérables et un nombre important de blessés. La ville est devenue un champ de bataille : de renforts de police, les manifestants deviennent de plus en plus nombreux. Nous avons passé une pénible nuit à l’hôtel, en attendant l’enterrement le lendemain. Je me souviens, comme si c’était hier, avoir écrit un éditorial en tamazight, dans un journal arabophone où je travaillais il y a 20 ans. Je me rappelle également de la Une du quotidien le Matin. Aujourd’hui Lounes est plus que vivant. Il est une légende pour la génération. Il restera une icône pour les autres tellement son engament pour la langue berbère est entier. Matoub Lounes fut également un fervent militant de la démocratie. Un opposant au pouvoir et un engagé contre l’intégrisme islamiste du FIS et des organisations terroristes qui lui étaient affilées et qui l’avaient kidnappé avant de le relâcher sous la pression de la population de Tizi-ouzou. 20 ans après sa disparition, le Rebelle reste le symbole pour la jeunesse Kabyle et de beaucoup d’Algériens. Son image demeure intacte dans la mémoire de ceux qui l’ont connu, approché ou sollicité. Sa générosité envers les pauvres et les démunis l’a rendu encore plus grand. Son legs pour la culture berbère est incommensurable. Ses idées aussi.

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