jeudi, février 25, 2021

Mohamed-Chérif Lachichi sort un premier roman : « la Faille », sélectionné pour la 16e édition du prix littéraire «Fetkann»

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Mohamed-Chérif Lachichi est journaliste. Il sort un premier roman, « la Faille ». Nous reproduisons ici l’entretien accordé au quotidien le Reporters.

Reporters : Votre roman «la Faille» vient d’être sélectionné pour la 16e édition du prix littéraire «Fetkann» dans la catégorie «Mémoire des pays du Sud/Mémoire de l’humanité », une distinction dont l’un des anciens lauréats n’est autre qu’Edwy Plenel, un journaliste comme vous. Quel effet ça vous fait ?
Mohamed-Chérif Lachichi : Pour vous dire, franchement, c’est une grande et agréable surprise. Et pour cause, je ne m’y attendais vraiment pas. En publiant ce premier roman, j’étais loin de viser une quelconque distinction. Pour dire vrai, je n’en demandais pas tant.  Et puis, cette nomination est d’autant bienvenue pour moi qu’elle émane du «Prix Fetkann-Maryse Condé» qui dénonce explicitement la traite négrière et toute forme de domination coloniale. Des abjections condamnées du reste par l’ensemble de la communauté internationale et par l’Histoire même de l’Humanité. Fetkann est donc le symbole du combat des esclaves pour la liberté.  A ce titre, je suis fier que mon livre ait attiré l’attention du comité de sélection car il défend, d’abord et avant tout, la dignité humaine.

Il s’agit là de votre premier roman. Quel en a été l’élément déclencheur ?
Je ne sais pas si vous serez de mon avis, la presse algérienne a perdu beaucoup de sa vitalité et le métier de journaliste n’est plus ce qu’il était. La censure et l’autocensure sont passées par-là. Dans les réunions de rédaction, on tourne trop souvent en rond. C’est pourquoi la création littéraire s’est présentée à moi comme un viatique et un palliatif à un besoin irrépressible d’écriture. En racontant cette histoire qui parle de l’Algérie d’aujourd’hui, dans sa grande complexité, j’ai voulu en quelque sorte ouvrir un débat. Ma description quelque peu corrosive de la société algérienne n’altère en rien l’objet même de la fiction, qui n’en reste pas moins, et je me permets de le rappeler, une métaphore vivante.  Car si je traite d’une certaine réalité sociopolitique, il s’agit d’abord de produire de l’imaginaire, c’est le postulat de base.

Dans « la Faille », un thriller politique publié quelques semaines seulement avant le « 22 février » 2019, vous évoquiez déjà un « coup d’Etat populaire», «un soulèvement patriotique et pacifique».  Etait-ce une  simple prémonition ? Si c’est le cas, d’où vient-elle ?
Je pense que j’ai été aidé par le hasard et par l’inspiration du moment. C’est pourquoi, je préfère parler d’intuition plutôt que de prémonition.  Nostradamus et Madame Soleil ont fait leur temps. Bien sûr, je pourrais aussi vous répondre comme Montaigne, qu’«une forte imagination produit l’événement» ou que  «l’imaginaire tend à devenir réel », d’André Breton, mais cela reste de la poésie, ou pire, de la philosophie (rires). Restons plus terre à terre, si vous voulez bien, avec la complainte d’Oum Kaltoum « Lel-ṣabr-ḥoudoud » (la patience a ses limites). Aussi, les pressentiments qui préfiguraient dans « la Faille » un soulèvement populaire en Algérie découlaient d’une simple réalité et observation du terrain. Vous savez, je ne viens pas de la planète Mars. Je vis en Algérie, je vis dans un contexte national qui, nécessairement, imprègne toutes mes activités. Et pas seulement éditoriales. De ce fait, il était, pour moi, tout à fait évident qu’un jour ou l’autre, la résilience des Algériens devrait prendre fin. Et de la manière la plus pacifique souhaitée. De ce point de vue, la passivité imputée à nos compatriotes durant vingt ans de règne bouteflikien aura été – et c’est le plus intéressant- une de leurs premières formes d’action. Il suffisait alors d’un déclic qui a fini par arriver. Le sort en sera jeté, dès lors qu’il sera question, contre tout bon sens, d’un « cinquième mandat » pour un Président grabataire, aphone et impotent. D’ailleurs, le narrateur dit textuellement dans le livre : «C’est décidé, si ce mec se présente l’année prochaine, moi, je repars en prison. Et s’il est réélu, je ne veux même plus faire partie des survivants au prochain séisme. A moins que ce ne soit lui qui saute d’ici là !»

Comment appréhendez-vous la suite des événements en Algérie et notamment l’élection présidentielle du 12 décembre ?
Comme chacun sait, les Algériens ont oublié depuis longtemps le chemin des urnes. Car les élections, quand il y en a, ne servaient qu’à consacrer des «choix» qui leur échappaient… Faut-il rappeler, en effet,  que c’est grâce à l’immunité parlementaire que de nombreux malfrats, devenus députés ou sénateurs, ont pu échapper longtemps à la Justice ? C’est, d’ailleurs, à cause de ce clientélisme maffieux et démobilisateur que les gens ne votent plus, sûrs que le scrutin serait truqué, comme d’habitude, à l’avantage des tenants du pouvoir et aussi, fait nouveau, des coalitions de l’argent sale. En même temps, il faut dire aussi que la démocratie ce sont les Algériens qui la feront ou non. Et l’unique manière de consolider la démocratie dans ce pays consisterait à procéder aux changements d’exécutifs par le biais d’élections dans le respect de la Constitution. Aussi, il y a comme un caillou dans la chaussure, un grand malentendu…

Avez-vous d’autres projets éditoriaux ?
En ce moment, j’écris ce qui semble être une suite (?) à mon roman « la Faille » car, pour vous dire la vérité, je n’en suis pas encore tout à fait sûr.  Je n’en suis qu’au début. Bref, ça commence à mijoter.  Je suis en pleine improvisation. Toujours est-il que je prévois pour le premier trimestre 2020 une traduction en langue arabe de ce premier roman qui s’adresse d’abord aux Algériens.  Sur un autre plan, je rêve d’entreprendre d’écrire la biographie des héros de la Révolution algérienne à l’image du Colonel Amara «Bouglez» Laskri, chef charismatique de la base de l’Est historique, ou encore celle du Commandant Abderrahmane Bensalem, qui avait mené, en 1959, un 14 juillet, une date symbolique s’il en est, la fameuse bataille d’Aïn Zana, au nord de Souk Ahras.  Il reste néanmoins le problème de l’accès aux sources, comme les archives de l’armée coloniale et les modalités pratiques pour le recueil des témoignages des rares protagonistes encore en vie.  Des obstacles qu’on ne peut certes négliger sans compter le facteur temps qui nous est compté à tous.  Cela dit, je conçois comme un véritable «devoir» cette idée de retracer l’épopée de ces hommes hors du commun.

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