Premier roman du psychiatre Dr Said Ourrad: “RÉSILIENCE INACHEVÉE”

Violée par son beau-père quand elle était adolescente, Céline sera marquée à jamais par cette souillure. Comédienne de profession, la jeune femme se réfugie dans le cinéma dans l’espoir d’oublier ce qu’elle a enduré dans sa chair. Après quelques rôles campés avec brio, la comédienne passe derrière la caméra pour réaliser son premier film autobiographique. Dès son avant-première, le long-métrage a connu un succès inattendu. Le film, salué par la critique, a propulsé la réalisatrice au-devant de la scène, suscitant débat et dénonciation sur le phénomène du viol dans la société.

Le lecteur, tout comme le personnage, sera ballotté entre la fiction fixée par l’image et la réalité vécue par Céline dans son adolescence. Les va-et-vient entre la réalité et la fiction dépriment la jeune femme. Dans son film, le violeur a été condamné à la prison ferme, tandis que le vrai violeur court toujours. Cette image renseigne sur l’impuissance parfois des lois à rendre justice.

C’est dans ces moments d’angoisse qu’elle retrouve son ami réalisateur Aghilas, qu’elle a perdu de vue depuis des lustres. Aghilas a fui l’Algérie durant la décennie de terrorisme, après l’assassinat de son père journaliste. Dans les méandres parisiens, il se force un profil dans le cinéma, moins par amour du 7e art que pour s’oublier et oublier sa réalité d’exilé. Céline décide de retrouver son violeur, sans savoir comment s’y prendre… Écrit dans un style dépouillé, le roman Résilience inachevée (éditions Sydney Laurent) de Saïd Ourad remet au goût du jour une problématique sociétale qui bafoue les droits des femmes, victimes expiatoires du machisme.

L’auteur, psychiatre de son état, a dû aborder cet aspect psychanalytique du viol des femmes, source d’une autre tragédie, le féminicide en l’occurrence. Une cinquantaine de cas ont été enregistrés en 2020 en Algérie. L’auteur Saïd Ourad remue en quelque sorte le couteau dans la plaie pour nous rappeler qu’en dépit de la modernisation des lois, les violeurs courent toujours dans la nature, c’est-à-dire qu’ils sont rarement rattrapés par la justice, empêchant les victimes de se reconstruire avec résilience. D’où le titre évocateur du roman.

Source: Liberté

- Advertisement -
Articles récents
- Advertisement -
A lire également
- Advertisement -