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Algérie : 22 wilayas en stress hydrique

L’Algérie vit une grave crise de l’eau. Pour faire face à ce stress hydrique, le ministère des Ressources en Eau a annoncé un programme d’urgence. A la capitale Alger, un plan de rationnement a été adopté et entré en vigueur samedi 26 juin.

Le ministère a relevé qu’aujourd’hui, l’Algérie, comme les pays du pourtour méditerranéen, connaît un déficit hydrique causé par les changements climatiques qui ont fortement affecté les cycles naturels des précipitations, ce qui a provoqué une pénurie de pluie et entraîné une baisse importante du niveau d’eau des barrages à travers le pays, en particulier les régions du centre et de l’ouest du pays avec un taux de déficit estimé à 25% des réserves du barrage.

Ce lundi, le secrétaire général du ministère de tutelle, Smail Amirouche s’est exprimé sur cette situation de stress hydrique en Algérie. « Dans chaque région du pays, des solutions, à court et moyen terme, sont mises en place pour renforcer l’alimentation en eau potable », a-t-il indiqué sur les ondes de la chaîne 3.

« Depuis trois années, il y a eu une réduction drastique des précipitations, principalement dans les régions Centre et Ouest du pays, tandis que la région Est reste mieux arrosée. Il s’agit d’une réduction de 35 à 40% par année, ce qui a engendré une diminution drastique des volumes d’eau, emmagasinés dans les barrages », a-t-il expliqué.

Et d’ajouter : « Cette situation nous a conduits à lancer des plans d’urgence sur vingt wilayas, à travers le territoire national. Si dans certaines wilayas la situation est maîtrisable, dans d’autres en revanche la situation est un peu plus lourde. Ces programmes d’urgence sont en cours de réalisation et seront confortés à d’autres solutions alternatives ».

Smail Amirouche a fait état de 22 wilayas fortement touchées par le stress hydrique où des solutions sont mises en œuvre. « Dans l’Ouest du pays, plus précisément à Sidi Bel Abbes, où le barrage de Sidi Abdelli a connu un taux très faible de remplissage, la ville et plusieurs communes seront raccordées à la station de dessalement et au barrage de Sikkak (Tlemcen). Les travaux se terminent au mois de juillet. Cette nouvelle ressource va renforcer et garantir l’alimentation en eau potable de la population de Sidi Bel Abbes, en attendant l’hiver prochain », a-t-il expliqué,

Citant d’autres mesures prises, à l’exemple des solutions apportées dans les wilayas de Sétif et de Bordj Bou Arreridj, le secrétaire général du ministère des Ressources en Eau a précisé : « Il y a un transfert à partir du barrage d’Ighil Emda vers le barrage Mahouane à Sétif. Ainsi, il y aura un autre transfert cette fois-ci du barrage Mahouane de Sétif vers le barrage de Ain Zada qui alimente la wilaya de Bordj Bou Arreridj. »

Les six barrages autour de la capitale sont à moins de 15% de remplissage

En revanche, reconnait Smail Amirouche, la situation est plus complexe pour le Centre du pays et l’algérois. A ce propos il a relevé que les six barrages autour de la capitale Alger sont à moins de 15% de remplissage. « Personne ne maîtrise les cycles hydrologiques », a-t-il dit, ajoutant que la météo a contredit les prévisions. Et de souligner : « Les rares pluies qui sont tombées ces trois dernières années n’ont pas permis un remplissage des oueds, dont les crues sont nécessaires pour alimenter les barrages ».

Pour parer à l’urgence, le ministère des Ressources en eau intensifie les forages de puits dans le Centre du pays. « Un vaste programme est lancé, principalement dans l’algérois. Jusqu’à présent, 170 forages ont été lancés et encore 120 autres sont prévus », a-t-il fait savoir, en précisant que c’est une solution opérationnelle à court terme puisque « le délai moyen de réalisation d’un forage avec ses équipements, raccordé à l’électricité et aux canalisations, est de l’ordre de deux mois, au maximum ».

A ce propos, il a indiqué que « des entreprises publiques et privées sont mobilisées pour les réaliser dans l’immédiat, les financements nécessaires ont été mobilisés par le Gouvernement et les travaux se déroulent correctement sur le terrain », a-t-il assuré, en insistant sur le fait que cette solution reste temporaire.

Smail Amirouche a prévenu : « La nappe phréatique sera fortement sollicitée durant les trois prochaines années, le temps que des solutions définitives soient mises en place. Il faudra ensuite laisser la nappe phréatique se reposer. Nous sommes en train de développer des solutions techniques, en collaboration avec l’Agence nationale des ressources hydrauliques, pour la réalimentation artificielle des nappes, notamment dans la nappe de la Mitidja. »

« Il y a encore du vol d’eau même à Alger »

Par ailleurs, M. Amirouche a indiqué que tous les barrages au niveau national sont surveillés par des systèmes de télémétrie. « On connait le niveau à tout moment et les données sont transmises quotidiennement par l’agence nationale des barrages et des transferts au ministère des Ressources en eau. Nous connaissons à tout moment le niveau des barrages. Nous suivons les apports au niveau des barrages : les volumes lâchés pour l’irrigation et pour l’alimentation en eau potable. Nous avons des données exactes quotidiennement », a-t-il expliqué.

Dans certaines zones comme Alger, des dispositions ont été prises, a-t-il dit, en faisant savoir que les coupures de l’alimentation en eau à la capitale ont débuté en septembre 2020. « Des coupures de nuit pour réduire le soutirage », a-t-il dit, en précisant qu’Alger consomme 1,2 million de mètres cubes (m3) par jour. Smail Amirouche a relevé que dans certains quartiers de la capitale, il y a énormément de piquages illicites, beaucoup^p de fuites et de déperdition d’eau.

« On a commencé à couper entre 23h00 et 5h00 du matin pour ne pas gaspiller trop d’eau. Il y a des dispositions techniques sur le système qui a fait qu’au lieu de tourner avec 1,2 million m3/jour pour Alger, on a fonctionné en général avec 1 million et 1,1 million m3/jour. Ce qui nous a permis de maintenir le niveau de certains barrages jusqu’à maintenant », a-t-il détaillé.

Le SG du ministère des Ressources en Eau a rappelé que le contrat avec le français Suez chargé via la Société des eaux et de l’assainissement d’Alger (SEAAL) de la gestion de la distribution de l’eau dans la capitale, arrive à terme en août prochain. « Le partenaire étranger n’avait pas à sa charge la réhabilitation de la totalité du réseau, dans le contrat il y a une réhabilitation moyenne de 50 kms de réseau par an, ce qui a été fait », a expliqué M. Amirouche, en rappelant que la longueur du réseau d’Alger est de 5000 km. « Le gros des travaux a été fait par la direction des Ressources en eau de la wilaya d’Alger et les collectivités locales sur financement du budget de la wilaya », a-t-il ajouté.

« Le réseau d’Alger, le rendement technique tourne autour de 60%. Globalement, le réseau d’Alger n’est pas aussi fuyard comme on le pense ou comme veut le faire comprendre », a-t-il dit, en rappelant qu’à l’échelle mondial, le rendement technique des réseaux tourne autour de 18% et 25%. « Nous pensons qu’avec un léger investissement on pourra régler les derniers tronçons », a-t-il estimé, en soulignant dans ces pertes d’eau sur le réseau, il y a les piquages illicites. « Il y a encore du vol d’eau même à Alger », a-t-il relevé, en ajoutant : « Nous estimons les pertes d’eau par non facturation (la consommation d’une eau qui n’est pas facturée), tourne autour de 20% ».

Assurer 50% les besoins en eau potable à partir du dessalement d’eau de me

Abordant la stratégie à long terme du secteur pour assurer un approvisionnement pérenne en eau, Smail Amirouche a indiqué que la stratégie retenue par les pouvoirs publics consiste en l’augmentation des stations de dessalement. « L’objectif, d’ici 2030, c’est d’assurer à hauteur de 50% les besoins en eau potable à partir du dessalement d’eau de mer », a-t-il dit. Dans le détail, le SG du ministère des Ressources en Eau a fait état de « plusieurs stations de dessalement ont été étudiées et finalisées. »

« La station d’Alger-Ouest, initialement prévue à Zéralda a été délocalisée et implantée à Fouka (Tipaza) depuis 2018. Avec une capacité de 300 mille mètres cubes par jour, cette station devait garantir une autonomie en ressource hydrique de l’algérois y compris Blida. Malheureusement, pour divers problèmes de terrain et d’appels d’offres infructueux, cette station de dessalement d’eau de mer n’a pas vu le jour. L’appel d’offres est en phase d’être relancé », a-t-il précisé.

Smail Amirouche a fait état de « la réalisation de trois stations de dessalement de petite capacité a été lancée au mois de mars, pour combler le manque d’eau pour Alger et Tipaza ». « Trois stations de 10 mille mètres cubes à Ain Benian, Zéralda et Bousmail, et une de 5 mille mètres cubes à Palm Beach.  La station de Palm Beach sera opérationnelle avant la fin du mois de juillet », a-t-il détaillé.

Il a fait savoir qu’à la capitale, dès la semaine prochaine, il est prévu la réalisation de trois nouvelles stations de dessalement monoblocs, d’une capacité totale cumulée de 150 mille mètres cubes par jour. Soulignant que le choix de stations de petite capacité permet un gain de temps, Smaïl Amirouche a expliqué : « A l’inverse des installations classiques, la réalisation d’une station de dessalement monobloc nécessite 4 à 5 mois seulement ».

Le responsable a également annoncé que d’autres projets similaires sont prévus à Tlemcen et Oran, où des travaux de réhabilitation des stations de dessalement existantes sont également programmés, et que de nouvelles stations de dessalement pour renforcer l’alimentation en eau potable devront être lancé à Boumerdes, Tizi Ouzou, Bejaïa, Skikda, Annaba, El Taref et Guelma.

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