Dévaluation du dinar : la Banque d’Algérie dévoile ses vérités

La Banque d’Algérie a tenté de mettre fin, hier, à une série de critiques sur sa gestion du taux de change du dinar, balayant d’un revers de la main l’hypothèse d’une dévaluation menée en catimini. La monnaie nationale continue de dégringoler depuis juin 2014 dans le sillage de la chute des cours du pétrole au point d’atteindre des plus bas historiques face aux principales devises, l’euro et le dollar. Ce n’est nullement une dévaluation, expliquent des responsables de la Banque centrale, repris par l’APS. Il s’agit plutôt d’un “ajustement” du cours du dinar qui obéissait à des “fluctuations, sur les marchés internationaux des changes, des monnaies de référence”.

Le taux de change du dinar est fixé également en fonction de l’état des fondamentaux de l’économie nationale, identifiés comme étant le différentiel de productivité et le différentiel d’inflation entre l’économie nationale et les pays partenaires, le degré d’ouverture de l’économie, le prix du pétrole et les dépenses publiques. Comme ce fut le cas en 2009, lorsque les fondamentaux de l’économie ont connu une forte détérioration dans le sillage de la crise des subprimes qui s’est traduite par une forte chute des cours du brut, le contrechoc pétrolier de juin 2014 a induit une nouvelle dépréciation du dinar. Au second semestre de 2014, les fondamentaux de l’économie du pays amorçaient une nette tendance vers le déclin, alors que le dinar était encore surévalué de 4% au premier semestre de l’année.

Un ajustement du cours du dinar s’imposait alors à même de limiter l’effet du contrechoc pétrolier sur les indicateurs macroéconomiques. D’autant plus que les tensions inflationnistes qui ont marqué l’année 2012 se sont estompées. La conjugaison de ces facteurs a fait que les conditions d’une dépréciation du dinar étaient réunies.

L’effondrement des prix du pétrole à partir du deuxième semestre de 2014 s’est traduit, en 2015, par un déficit du compte courant extérieur de 16,4% du PIB et un déficit budgétaire de 15,3% du PIB. “Cette forte détérioration de l’un des principaux fondamentaux de l’économie nationale, en contexte de différentiels d’inflation et de productivité défavorables et de nécessaire maintien de la dépense publique à un niveau élevé pour soutenir la croissance et l’emploi, a entraîné une dépréciation du dinar, en moyenne annuelle, de 19,8% vis-à-vis du dollar et de 4,07% contre l’euro entre 2014 et 2015, tenant compte de l’évolution des cours de change entre ces deux devises sur les marchés internationaux”, rappellent les responsables de la Banque d’Algérie. Dans ses différentes notes de conjoncture, cette institution n’a cessé d’attirer l’attention sur le fait que le taux de change du dinar a joué, dans une large mesure, son rôle d’amortisseur face au choc externe qualifié de “grande ampleur et de durable”.

Les responsables de la Banque centrale ont indiqué que “le second semestre de 2016 et le premier semestre de 2017 ont connu une relative stabilisation du cours de change du dinar vis-à-vis des deux principales monnaies de règlement de l’Algérie”. Cependant, sur l’ensemble de l’année 2017, l’euro a enregistré une appréciation sensible de 12,4% par rapport au dollar. En conséquence, le dinar s’est déprécié de 3,3% vis-à-vis de la monnaie européenne, et de 1,3% vis-à-vis de la monnaie américaine.

En cours de fin de période, le dinar s’est déprécié de 15,4% par rapport à l’euro et de 3,8% vis-à-vis du dollar, entre fin décembre 2016 et fin décembre 2017. Ces dépréciations sont intervenues essentiellement au second semestre de l’année 2017, soit des dépréciations de 10,5% et 6,2% vis-à-vis de l’euro et du dollar, respectivement. Selon les responsables de la Banque centrale, “le glissement du dinar, en cours de fin de période, notamment par rapport à l’euro, reflète donc et dans une très large mesure l’évolution des cours de change des deux principales monnaies de règlement de l’Algérie”. L’appréciation de l’euro par rapport au dollar, en 2017, a, en revanche, induit une valorisation positive d’environ 5 milliards de dollars sur le niveau des réserves de change, exprimées en dollars. Durant les sept premiers mois de 2018, la fluctuation des monnaies de référence sur le marché international a entraîné une légère appréciation du dinar face au dollar (0,86%) entre décembre 2017 et mars 2018 et une dépréciation de 3,04% face à l’euro de 3,04% sur la même période. Entre mars et juillet 2018, le dinar s’est déprécié face au dollar de 3,09% et s’est apprécié de 1,02% face à l’euro.

Les plus récents ajustements du cours de change du dinar étaient limités. La Banque centrale fait face désormais à la donne de la planche à billets qui réduit ses interventions sur le marché de change. Face à une expansion de 57% de la liquidité bancaire au 1er semestre 2018, porteuse de risques inflationnistes, la Banque centrale va mollo sur le levier de change, préférant s’investir dans la “stérilisation” et le “cantonnement” des excédents de liquidités monétaires.

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