Forte demande sur l’oxygène médical: les sites d’annonces pris d’assaut

Face à la recrudescence de la pandémie du Covid-19 en Algérie, qui a entraîné une forte demande sur l’oxygène médical, beaucoup de patients recourent aux sites d’annonces dans l’espoir de se procurer un appareil d’oxygénothérapie.

En effet, la hausse phénoménale du nombre de personnes contaminées par le coronavirus qui a frôlé la barre des 180.000 cas en Algérie a provoqué une pression sur ces appareils qui se font rares sur le marché.

Désespérés de trouver un concentrateur chez un distributeur ou un vendeur de matériel médical, des internautes en détresse publient quotidiennement des annonces sur les sites spécialisés et les réseaux sociaux dans l’objectif de louer ou d’acquérir cet équipement indispensable à la survie de leurs malades, quitte à payer le double du prix.

Les demandes sur les concentrateurs d’oxygène se multiplient au fil des jours sur Marketplace. Mais les nombreuses offres affichées sur ce service de Facebook sont incapables de les satisfaire toutes.

Même constat sur le site d’Oued kniss: la quasi-totalité  des annonceurs qui vendent ou louent ces appareils ne répondent pas aux appels et ceux qui répondent affirment avoir écoulé leurs stocks.

Parmi eux, Akli un distributeur de matériel médical établi à Boghni (Tizi-ouzou).En rupture de stock depuis plus d’un mois et demi, il affirme dans une déclaration à l’APS, recevoir une soixantaine d’appels de personnes en détresse à la recherche de générateur d’oxygène pour leurs malades.

Cette forte affluence sur les annonces offrant des concentrateurs, s’explique par la rupture de stock en oxygène médical au niveau de plusieurs établissements de santé publics, dépassés par le nombreux cas Covid-19.

Même les associations d’aide aux malades reconnaissent leur incapacité à satisfaire toutes les demandes. C’est le cas de l’association « Winnelka » qui reçoit « plus de 500 appels par jour » alors qu’elle ne dispose que de 192 appareils de 5 et 10 litres, selon ses responsables.

Au siège de l’association, sise à Draria, de jeunes gens munis d’une ordonnance et d’une pièce d’identité,  viennent quotidiennement depuis le début de la crise, emprunter un concentrateur pour un parent ou un voisin malade. Un membre de l’association explique à chacun d’entre eux le mode d’emploi de l’appareil.

« Nous sommes quotidiennement sollicités pour des concentrateurs d’oxygène, malheureusement nous ne pouvons satisfaire tout le monde et beaucoup de malades en difficulté respiratoire sont toujours sur la liste d’attente », a regretté le chargé de la communication de cette association, Akram Hachache.

Outre les malades de la Covid-19, cette situation touche également des personnes souffrant  de maladies respiratoires et des cancéreux, s’alarme-t-il.

Deux membres sont chargés d’enregistrer les noms des patients en quête de générateurs d’oxygène et de contacter leur famille dès qu’un appareil est disponible.

Ils doivent respecter l’ordre chronologique des demandes : « Premier inscrit, premier servi ». Malheureusement, certains malades décèdent entre temps. « Rien que ces trois derniers jours, nous avons enregistré 14 décès », a déploré un membre de l’association.

Face à cette conjoncture sanitaire, l’association espère que les autorités facilitent aux organisations à caractère non lucratif la réception des dons qui parviennent de concitoyens résidants à l’étranger.

Récemment, son président Karim Ibrachiren a été reçu par le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Abderrahmane Djamel Lotfi Benbahmed qui a assuré la disposition de son département à accorder « toutes les facilitations et à examiner ‘en toute célérité’ les demandes d’importation des équipements d’oxygénothérapie ».

De son coté, le président de l’Union nationale des opérateurs de la pharmacie (UNOP) Abdelouahed Kerrar a déclaré à l’APS que « ces appareils offrent la chance aux malades de se traiter à domicile en ces moments de crise, ce qui permettra d’atténuer la pression sur les hôpitaux et de réserver les lits pour les cas plus graves ».

M. Kerrar précise toutefois que les concentrateurs d’oxygène sont prescrits aux patients qui ont besoin d’un faible débit (2 à 10 litres par minute).

Contrairement à la bouteille d’oxygène liquide, qui nécessite un service de recharge régulier, le concentrateur d’oxygène fonctionne à l’électricité et est réglable selon le débit d’oxygène prescrit par le médecin au malade.

Quant aux besoins nationaux en concentrateurs d’oxygène, il a affirmé que seule une étude épidémiologique nationale sur la pandémie permettrait de les déterminer.

Cependant, M. Kerrar  estime qu’en ces circonstances « mieux vaut importer davantage pour sauver le maximum de vies humaines, même si l’on se retrouve avec des quantités supplémentaires à la fin de la crise ».

Pour sa part, le président de la société algérienne d’infectiologie et chef de service des maladies infectieuses de l’hôpital de Boufarik, Mohamed Yousfi  a affirmé à l’APS que l’oxygénothérapie au moyen d’un concentrateur d’oxygène est une alternative pour aider certains patients qui se traitent à domicile mais cela ne devrait pas constituer une règle pour faire face à la crise sanitaire.

Au delà de ces appareils qui pourraient venir en appui pour sauver des vies humaines, Dr Yousfi recommande la mise en normes des structures sanitaires en termes de capacité d’accueil des malades et d’infrastructures d’oxygénothérapie.

A ce titre, il a recommandé la réalisation de centres d’oxygène dans les plus brefs délais. « Chose qui est à la portée des autorités », a-t-il souligné, citant l’exemple du générateur d’oxygène réalisé à l’hôpital public d’Akbou en l’espace de 48 heures.

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