Le cartel en rang dispersé : L’OPEP ouvre les vannes

Réunie hier samedi en conférence ordinaire à Vienne, l’Opep a décidé de relever sa production de pétrole d’environ un million de barils par jour, tournant ainsi le dos à l’accord de limitation de la production signé fin 2016. L’Algérie désapprouve cette décision prudente.

Car, en cas d’une baisse plus marquée des cours risque de faire durer le désinvestissement dans le secteur pétrolier. D’ailleurs cette question a été soulevée du reste par le ministre de l’Énergie, Mustapha Guitouni, lors d’un séminaire sur l’industrie pétrolière organisé jeudi dernier à Vienne.

Guitouni a évoqué les préjudices de la volatilité des prix du pétrole en rapport avec le déséquilibre des marchés pétroliers et aggravés par la baisse des niveaux d’investissements dans le monde. L’histoire, a-t-il dit, nous apprend qu’à chaque période caractérisée par des prix bas du pétrole, les investissements se tarissent. En conséquence, poursuit-il, une période de prix élevés et de tensions sur les approvisionnements lui succède inévitablement. Cette volatilité extrême est dommageable aussi bien pour les pays producteurs que pour les pays consommateurs.

Cependant, l’Arabie saoudite, qui a bataillé pour sauter le verrou de la réduction de la production, a ainsi obtenu ce qu’elle voulait lors de la réunion du cartel.

Selon son ministre de l’Énergie cité par l’agence américaine Bloomberg, l’organisation pétrolière augmentera, au global, sa production d’un million de barils par jour, mais la croissance réelle devrait, néanmoins, se limiter à 600 000 barils par jour, alors que plusieurs pays, qui ont récemment sous-produit, auront du mal à revenir rapidement à des niveaux supérieurs d’exploitation, tandis que d’autres producteurs ne seront pas autorisés à prendre part à cet accord. Cette décision était dans l’air.

L’Arabie saoudite, soutenue par la Russie et les États-Unis, plaidait pour une telle augmentation dans un contexte de hausse des prix et de tensions potentielles sur le marché pétrolier. Riyad et Moscou voulaient pour cela modifier l’accord de limitation de la production qui lie l’Opep à d’autres producteurs et qui a contribué à la hausse des prix depuis fin 2016. Mais l’Iran, dont les capacités de production et d’exportation sont limitées en raison, notamment, des sanctions américaines, s’opposait, jusqu’à hier matin, à l’objectif d’un million de barils par jour, ne souhaitant pas subir de pertes de revenus et de parts de marché face notamment à son rival régional saoudien.

L’accord de limitation de la production a effectivement contribué à faire remonter le cours du Brent autour de 73 dollars le baril contre 27 dollars en 2016. Mais les perturbations survenues au Venezuela, en Libye et en Angola ont privé le marché d’environ 2,8 millions de bp/j ces derniers mois. L’Opep abandonne ainsi un accord qui aura duré près de deux ans. Cela aura inévitablement des conséquences sur l’évolution des cours de l’or noir. Et de nombreux experts n’excluent pas une chute des prix dans les mois à venir. Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en août valait hier 74,17 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en hausse de 1,12 dollar par rapport à la clôture de mercredi 20 juin.

Sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de light sweet crude (WTI), pour la même échéance, progressait de 1,93 dollar à 67,47 dollars un peu plus d’une heure et demie après son ouverture. Il faut dire que le marché pétrolier s’est montré très indécis depuis le début de la semaine face aux nombreuses spéculations quant à l’issue de la réunion de l’Opep sus-évoquée.

Mahmoud Chaal

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here