Maghreb du Nord : la dépendance de l’économie des matières premières fragilise la croissance

La croissance économique en Afrique du Nord demeure volatile en raison de la dépendance des économies de cette sous-région de l’Afrique aux ressources primaires comme l’agriculture et le secteur minier, a indiqué mercredi à Tunis un expert onusien.

Intervenant lors au deuxième jour des travaux de la 33ème réunion du Comité intergouvernemental d’experts (CIE), qui relève de la Commission économique pour l’Afrique de l’ONU (CEA), M. Zoubir Benhamouch a relevé une croissance de 2,9% en Afrique du nord en 2016 et de 4,8% en 2017, malgré un ralentissement de la croissance en Algérie, en raison des conditions climatiques dans cette région et d’une hausse importante de la production de pétrole en Libye.

Selon cet expert onusien, l’inflation demeure élevée atteignant 15,9% en 2017 contre 9,8% en 2016, en raison des dépréciations du taux de change (Egypte, Soudan et Tunisie) et des réductions de subventions (Egypte, Libye).

La faible diversification des économies des pays de l’Afrique du Nord se fait également ressentir sur la volatilité des finances publiques et du solde du compte courant, a-t-il expliqué.

Avec la remontée des prix du pétrole, le déficit budgétaire de la sous-région est tombé à -8,9% du PIB en 2017 contre -11,2% en 2016.

Le déficit courant est quant à lui passé de -9,7% du PIB en 2016, à -5,9% en 2017.

Pour cette expert, la hausse des prix du pétrole a fortement profité aux économies algérienne (déficit de -6,6% en 2017 contre -16,6% en 2016) et libyenne (un excédent de 2,2% en 2017 contre un déficit de -48,1% en 2016).

Il a, par ailleurs, estimé que les progrès sociaux sont indéniables en Afrique du Nord, même si tous les pays ne sont pas dans la même situation.

Les conditions de vie se sont améliorées notablement et la pauvreté a reculé sensiblement grâce à des investissements importants dans les secteurs de l’éducation, de la santé, des services de base, l’accès à l’eau, à l’électricité et au logement.

Entre 2012 et 2017, les pays qui ont le mieux progressé en termes de l’Indice de développement humain (IDH) sont le Soudan (20,29%), le Maroc (12,86%) et la Mauritanie (11,35%).

M . Benhamouch a indiqué que les pays comme la Tunisie, l’Egypte et la Libye, qui ont connu à partir de 2011 des bouleversements profonds, ont vu un ralentissement de l’évolution de l’IDH, ce qui a détérioré leur position au niveau mondial.

La Libye, qui était la mieux classée durant la première décennie des années 2000, a connu un recul important dans le développement humain, témoignant du fait que les progrès ne sont ni linéaires ni garantis, et que les crises peuvent les inverser.

L’insuffisante diversification des économies en Afrique du Nord a également des conséquences sur l’emploi, avec un taux de chômage qui demeure à un niveau relativement élevé: 12% en 2016.

Malgré une croissance dynamique, la création d’emplois est insuffisante pour répondre aux besoins d’une population en forte croissance, a-t-il fait savoir.

Par ailleurs, la croissance de la productivité du travail demeure insuffisante, et est loin derrière celle de pays émergents, comme l’Inde et la Turquie, par exemple.

Une explication réside dans l’allocation des facteurs de production au sein de l’économie: L’examen de la dispersion des productivités des entreprises montre, en effet que, comparées à d’autres régions, les économies d’Afrique du Nord souffrent d’une mauvaise allocation des facteurs de production, provenant de l’existence de fortes distorsions.

Ces distorsions proviennent des imperfections de marché et de certaines inefficiences des institutions des pays de cette sous-région.

Selon lui, un accroissement significatif de la productivité ainsi qu’une accélération de la transformation structurelle en Afrique du Nord peuvent être obtenus par le développement d’institutions solides, qui limitent le pouvoir discrétionnaire de l’administration.

« Cela permet également d’isoler les institutions économiques de l’influence politique et d’assurer une bureaucratie efficace, une forte protection des droits de propriété, un régime réglementaire favorable à l’investissement, et une disponibilité suffisante en infrastructures publiques pour soutenir les initiatives privées », a-t-il avancé.

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