Patricia McCullagh, Ambassadrice du Canada à Alger « Le Canada accueillera annuellement 340 000 immigrants à partir de 2020 »


L’ambassadeur du Canada à Alger, Patricia McCullagh, aborde dans cet entretien exclusif l’état des relations bilatérales, met en avant le potentiel de la diaspora algérienne au Canada et analyse les perspectives d’avenir de la coopération algéro-canadienne.

Liberté : Moins d’une année après votre installation en tant qu’ambassadeur du Canada à Alger, quel état des lieux pourriez-vous faire des relations entre le Canada et l’Algérie ?
Patricia McCullagh : Je suis arrivée fin septembre 2017 et, en neuf mois, je peux facilement constater que les relations entre le Canada et l’Algérie sont excellentes. Je le vois tous les jours. Pratiquement, chaque Algérien que je rencontre a visité le Canada ou a de la famille et des amis au Canada. Le Canada abrite la deuxième diaspora algérienne dans le monde.

Sur le plan politique, nous avons eu deux éléments-clés qui ont servi le renforcement des relations bilatérales. Le premier, c’est la visite de haut niveau en Algérie de Stefanie Beck, sous-ministre adjointe pour l’Europe, l’Arctique, le Moyen-Orient et le Maghreb au ministère des Affaires mondiales. La visite a donné à Mme Beck, qui a été reçue par le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, un meilleur aperçu de l’importance des relations bilatérales entre le Canada et l’Algérie. Cette visite a été suivie par celle de l’ambassadeur Ayadi au Canada, pour la deuxième édition des consultations bilatérales canado-algériennes (la première édition a eu lieu en décembre 2015). Elles permettent un dialogue ouvert et constructif sur les enjeux bilatéraux, régionaux et internationaux.

Les échanges commerciaux ont connu un recul. À quoi cela était-il dû, à votre avis ?
C’est évident qu’il y avait un recul, de 2,4 milliards de dollars canadiens en 2016 contre 1,5 milliards en 2017, dans une balance toujours favorable à l’Algérie. Même à 1,5 milliard de dollars canadiens, l’Algérie demeure le premier partenaire bilatéral du Canada en Afrique et le 24e partenaire bilatéral du Canada dans le monde. Il faut souligner que les relations commerciales entre le Canada et l’Algérie dépassent l’exportation et l’importation des produits. Nous savons que la valeur attribuée aux échanges change non seulement avec le volume des produits, mais aussi la valeur. En plus, ce chiffre n’inclut pas les services et les investissements ou le fait que, de plus en plus, ce sont des PME qui vont faire affaire en Algérie. Je peux vous confirmer que les relations commerciales entre le Canada et l’Algérie sont dynamiques et variées. L’ambassade va continuer à travailler davantage pour renforcer les liens commerciaux entre nos deux pays. Des exemples des efforts incluent la coopération et la collaboration avec le Conseil de développement Canada-Algérie (CDCA), ma visite récente au Canada, où j’ai participé non seulement à un évènement du CDCA, mais aussi où j’ai assisté au Global Petroleum Show à Calgary, pour promouvoir le marché algérien aux investisseurs canadiens.

Pouvez-vous nous brosser un tableau des entreprises canadiennes présentes en Algérie ? Trouvent-elles le marché algérien attractif ?
Il y a une soixante d’entreprises canadiennes actives en Algérie dans plusieurs domaines. Les activités des entreprises canadiennes sont variées, allant des produits alimentaires de base à l’aéronautique, en passant par les services de formation. Je dirais que les secteurs prioritaires pour l’ambassade sont l’aéronautique, l’agroalimentaire, l’éducation, les technologies de l’information et des communications ainsi que les technologies durables.
Quels sont les domaines d’activité qui pourraient intéresser davantage les entreprises canadiennes pour s’installer en Algérie ? Est-ce que le CDCA peut-il jouer un rôle moteur dans l’intensification des relations commerciales et économiques entre les deux pays ?
L’ambassade est prête à fournir ses services à n’importe quelle compagnie canadienne intéressée par le marché algérien, mais les priorités que j’ai listées sont les plus fréquentes actuellement : l’aéronautique, l’agroalimentaire, l’éducation, les technologies de l’information et des communications ainsi que les technologies durables. Concernant le CDCA, il peut effectivement jouer et joue déjà un rôle moteur. Il est venu en mission d’affaires à Alger au début de l’année, et je viens de participer à un évènement CDCA, avec l’ambassadeur d’Algérie à Ottawa et le consul général d’Algérie à Montréal.

Air Canada célèbre le premier anniversaire de son vol inaugural à Alger. Peut-on s’attendre à un nouveau déploiement de la compagnie aérienne canadienne dans le ciel algérien ?
Le premier vol estival d’Air Canada Rouge de cette année a été effectué le 17 juin dernier. Donc, Air Canada Rouge, qui a commencé un service d’été en 2017, a repris le service pour cette année, à raison de quatre vols par semaine dans chaque direction. Nous espérons que cette liaison se renforcera à l’avenir.

Il y a une forte communauté algérienne installée au Canada. Quelle image reflète-t-elle au niveau institutionnel ?
La diaspora algérienne établie au Canada est une force pour les relations bilatérales.
Nous sommes particulièrement fiers de la présence des Algériens dans notre pays, la majorité qui s’identifie autant comme Canadien qu’Algérien. Cette communauté éduquée et dynamique a prouvé sa compétence dans les domaines économique, administratif, culturel et académique ainsi que sa parfaite intégration dans la société canadienne. Cette diaspora contribue également au renforcement des relations entre nos deux pays ; beaucoup d’Algériens reviennent en Algérie pour faire profiter leur pays de leur expérience canadienne. Je rencontre souvent des gens en Algérie, qui me parlent des membres de leurs familles et de leurs amis qui sont installés au Canada ou bien de leurs séjours passés dans le pays de l’Érable. Je crois que cette connexion entre nos pays est très positive et aide à renforcer nos relations.

La loi canadienne sur l’immigration privilégie certains bassins géographiques à travers le monde. Y a-t-il des quotas réservés aux candidats algériens ?
Le Canada n’a pas un système de quotas. Par contre, le ministère canadien de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté a un système de points pour les candidats. Et le fait que les demandeurs maîtrisent la langue française constitue un atout. Notre ambassade offre des sessions d’information sur le système de gestion des demandes d’immigration pour le Canada, appelé “Entrée express”. La prochaine sera offerte début juillet. Nous publions l’information sur nos réseaux sociaux, pour ceux que sont intéressés.

De plus en plus d’Algériens ont du mal à postuler pour le dépôt du dossier d’immigration, notamment au Québec. Prévoit-on des changements dans les procédures ?
En 2017, le ministre de l’Immigration a annoncé une augmentation de 13% des immigrants/nouveaux Canadiens que nous recevons chaque année. Ce qui veut dire que nous recevrons autour de 340 000 immigrants chaque année, à partir de 2020. Le ministère de l’Immigration a également modifié le système de gestion des demandes d’immigration pour attribuer plus de points aux candidats qui ont déjà des réseaux établis au Canada.  Ceci dit, je sais que mes collègues du ministère canadien de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté sont en train de réviser le système d’immigration pour le rendre plus efficace.

Sinon, qu’en est-il de la coopération interuniversitaire ? Combien d’étudiants algériens sont-ils inscrits dans les universités canadiennes ?
Selon le ministère de l’Immigration, qui est responsable de l’émission des permis d’études et des visas, en 2017, le Canada a émis 1 405 permis d’études aux étudiants algériens, contre 1155 en 2016. Cela démontre une nette augmentation du nombre d’étudiants algériens qui fréquentent les universités canadiennes.

Le Canada copréside avec l’Algérie un comité sur le Sahel. Pourriez-vous faire le point sur ce mécanisme mis en place dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ?
En 2017, le Canada et l’Algérie ont renouvelé, pour la quatrième fois, leur coopération comme coprésidents d’un groupe de travail au sein du Forum mondial de lutte contre le terrorisme (FMLT/GCTF).

Entre 2011 et 2017, nous avons coprésidé le groupe de travail sur le Sahel. En septembre 2017, nous avons décidé de continuer notre coprésidence au sein du FMLT, mais la région géographique a été élargie pour inclure l’Afrique de l’Ouest. Donc, le groupe s’appelle Groupe de travail sur l’Afrique de l’Ouest.

C’est avec plaisir et fierté que nous continuons ce partenariat.
Nous estimons que nous avons beaucoup à offrir, mais en même temps, beaucoup à apprendre. Ceci est un peu le concept du FMLT : un forum volontaire des pays qui veulent travailler ensemble pour trouver les bons modèles et partager les meilleures pratiques pour combattre ce fléau.

Source Liberté

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