Europe, Coup de frein sur l’activité économique au premier trimestre


Cela a constitué une surprise : l’activité économique européenne n’a pas été aussi dynamique que prévu au début de l’année 2018.

Elle a stagné au Royaume-Uni, où la perspective du Brexit pèse à l’évidence de plus en plus, et franchement ralenti en zone euro où la croissance sur les trois premiers mois de l’année est tombée à moins de 2% en rythme annuel, alors qu’elle était plutôt sur une pente à 2,5% jusqu’ici. On constate, par ailleurs, que c’est en Allemagne et en France que le coup de frein a été le plus marqué.

Dès lors, faut-il craindre un arrêt de la reprise européenne, alors même que son amplification est récente et n’a pas encore été perçue par le plus grand nombre ?

Bien entendu, un point ne fait pas une tendance, et la contreperformance du premier trimestre doit être mise en perspective. Dans bien des cas, les indices de la conjoncture ne font que marquer une correction par rapport aux niveaux très élevés atteints fin 2017 qui n’étaient, sans doute, pas soutenables ; dans l’absolu, ils restent satisfaisants.

Le tassement récent de l’activité relève aussi de circonstances particulières. En Allemagne, l’absence d’exécutif (rappelons qu’il a fallu cinq mois à la chancelière Merkel pour former un gouvernement, celui-ci n’étant opérationnel que depuis mars) a entrainé un report des dépenses publiques. En France, la concentration des hausses d’impôts sur le début d’année a pu freiner la consommation. L’épisode neigeux particulièrement intense de l’hiver dernier serait aussi en cause et il existe d’autres risques qui ont produit ce ralentissement notamment ceux qu’on qualifie de risques environnementaux.

Ces obstacles étant levés, il ne serait pas illogique de voir la croissance européenne accélérer à nouveau… Pourtant, il est difficile d’évoquer avec optimisme les perspectives économiques, tant l’atmosphère qui entoure les échanges mondiaux se tend.

A l’origine de ce changement, les Etats-Unis et leur président, Donald Trump, dont la politique étrangère contrevient chaque jour un peu plus aux règles du multilatéralisme et privilégie la confrontation directe, d’Etat à Etat. Or, dans cet univers plus conflictuel, l’Union européenne, qui doit parler et agir à 28, n’est pas avantagée.

L’accord qui se dessine entre la Chine et les Etats-Unis pour éviter une guerre commerciale risque, par exemple, de se faire à son détriment. Négocié hors du cadre de l’OMC, il pourrait pénaliser certains Etats membres par rapport à d’autres, créer des distorsions…

Face à cela, la tentation de multiplier les « deals » bilatéraux, où chacun défend ses propres intérêts sans se soucier de ceux du voisin, est grande. Déjà éprouvée par le Brexit, la crise migratoire et la montée des populismes, l’Union européenne fait sans doute face, avec l’America First, à l’un de ses plus grands défis.

Pour elle, resserrer les rangs, maintenir une cohésion, est plus que jamais une gageure, à l’heure où les thèses isolationnistes gagnent du terrain. Elle n’a pourtant guère le choix. L’alternative, à savoir le chacun pour soi, garantit la réapparition d’écarts de financement prohibitifs en son sein et, à coup sûr, l’anéantissement de la reprise.