Italie : Rebondissement de la consommation des ménages et relance de l’emploi

L’économie italienne n’a pas été aussi dynamique qu’attendu début 2018, notamment sur le front des exportations et de l’investissement. La consommation des ménages, en revanche, a rebondi, et l’emploi est revenu à ses niveaux d’avant-crise. Les finances publiques ont continué de s’améliorer, en ligne avec la bonne trajectoire des dernières années. Celle-ci serait-elle désormais compromise ? Le nouveau gouvernement veut simplifier la fiscalité et le système des retraites et introduire un revenu universel. Le nouveau ministre des Finances affirme néanmoins que ces mesures doivent être financées et sont compatibles avec l’objectif de réduction du ratio dette publique sur PIB.

Reprise de la consommation, exportations décevantes
Le PIB réel a connu une progression de 0,3 % au premier trimestre (T1) 2018. En rythme annuel, la progression est ramenée de +1,7 % au T3 2017 à + 1,4 %. Ce ralentissement reflète surtout un tassement de l’activité dans l’industrie et la construction, les services affichant une progression modeste. De janvier à mars, les stocks ont ajouté 0,7 % à la croissance globale. Les exportations nettes ont eu une contribution négative de 0,4 %, les exportations ayant chuté davantage que les importations (-2,1 % et -0,9 % respectivement). La contribution de la demande intérieure est nulle. La formation brute de capital fixe a chuté de 1,4 % tandis que les investissements dans les biens d’équipement reculent de près de 3 %. La consommation des ménages, en hausse de 0,4 %, reste
portée par l’embellie sur le marché du travail.

Reprise sur le marché du travail
Au T1 2018, 23,1 millions d’Italiens possédaient un emploi, 6 000 de plus qu’au T1 2008. Le retour aux niveaux d’avant-crise est dû entièrement à l’augmentation du nombre de salariés (+704 000 par rapport au T1 2008) et notamment au développement des contrats à durée déterminée (+617 000). Depuis le début de la crise en 2008, le nombre de travailleurs indépendants a diminué de 11,9 % (environ 710 000 personnes). De fait, le taux d’emploi pour les 15-64 ans a atteint 58,2 %, retrouvant son niveau d’avant-crise. Malgré la reprise, ce taux reste faible par rapport aux principaux partenaires de l’Italie en zone euro : au T1 2018, il était de 64,8 % en France, de 61,1 % en Espagne et d’environ 76 % en Allemagne. En ce qui concerne le taux d’emploi des femmes, il est inférieur de 12,3 % au taux français, 23 % à l’allemand et de 7 % à l’espagnol. L’écart est plus important encore pour les femmes âgées de 15 à 39 ans : le taux d’emploi des femmes allemandes dépasse celui des femmes italiennes de 25 %.

Si l’on s’intéresse au nombre de femmes ayant un diplôme universitaire et occupant un emploi, l’écart entre l’Italie et ses principaux partenaires européens est beaucoup plus faible. Ces dernières années, le nombre de femmes diplômées s’est progressivement accru. Sur la tranche d’âge 30-34 ans, il a augmenté davantage pour les femmes que pour les hommes (19,8 % pour les hommes, contre 34,1 % pour les femmes) en 2017. Ce pourcentage élevé, et en augmentation, reste cependant très éloigné de la moyenne européenne (44,9 %) et, en particulier, du niveau enregistré en France où, dans cette tranche d’âge, près d’une femme sur deux a suivi une formation universitaire.

Le taux d’emploi des femmes italiennes titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur est comparable aux moyennes européennes. Au T4 2017, il était de 75 %, soit 25,8 % de plus que le taux d’emploi total national et 9,7 % de moins qu’en Allemagne (mais l’écart se resserre : ce taux était de 11 % en 2016). Par rapport à la France, l’écart s’est élargi durant la crise avant de revenir au niveau de 2008, à 5-6 %. L’amélioration de l’emploi s’est accompagnée d’une légère diminution du taux de chômage : au premier trimestre de cette année, celui-ci se situait à 11,1 % (11,2 % en avril, dernier chiffre mensuel disponible), ce qui représente 2,9 millions de personnes, soit 135 000 de moins qu’en 2017 à la même période. Chez les femmes, le taux de chômage est légèrement plus élevé (12,4 %).

Dépenses publiques en baisse, recettes en hausse
On assiste depuis quelques années à une amélioration des finances publiques en Italie. Entre 2009 et 2017, le déficit public a été réduit de moitié (de EUR 83 à 40 mds), tombant de 2,5 % du PIB en 2016 à 2,3 %, son plus bas niveau depuis dix ans. L’excédent primaire est resté stable à environ 1,5 % du PIB tandis que la charge d’intérêts est tombée à EUR 66 mds, soit EUR 18 mds de moins qu’en 2012. En 2017, le soutien public au système bancaire s’est élevé à environ 0,3 % du PIB. Cette amélioration est le fruit de la revue des dépenses mise en œuvre depuis le début de la crise. Les dépenses primaires ont été ramenées de 46,3 % du PIB en 2014 à 45,1 % en 2017. Les dépenses consacrées aux salaires des fonctionnaires sont tombées de EUR 172 mds en 2010 à EUR 164 mds, sous l’effet de la baisse des effectifs et d’une légère augmentation des salaires. La réduction de l’investissement a été plus prononcée encore (de EUR 82 mds en 2009 à EUR 66 mds), les dépenses consacrées aux infrastructures ayant été affectées par la mise en œuvre de nouvelles règles en matière de marchés publics. Les prestations sociales en numéraire ont été portées à EUR 342 mds sous l’effet de l’augmentation du nombre et du montant moyen des nouvelles pensions de retraite. À terme, les dépenses de retraite devraient diminuer grâce aux réformes approuvées depuis le début des années 1990, qui ont relevé l’âge moyen de départ à la retraite. Cet âge est désormais le plus élevé au sein de la zone euro. En 2017, les recettes publiques ont également augmenté pour atteindre EUR 800 mds, presque 10 % de plus qu’en 2010, un résultat en partie dû aux hausses de TVA de 2012 et 2013. Ces dernières années, la reprise économique a dopé à la fois les cotisations sociales et les recettes fiscales. Les recettes provenant des taxes directes ont atteint EUR 250 mds, l’impôt sur le revenu profitant de l’amélioration observée sur le marché du travail. Dans le même temps, les recettes d’impôts perçues ont diminué du fait de l’exclusion des coûts de main-d’œuvre de l’assiette de l’IRAP.

Dette publique : une très lente amélioration
Durant la crise, la dette publique rapportée au PIB est passée de 100 % en 2007 à 132 % en 2014. Sur la période 2012-2013, l’augmentation des intérêts et la baisse du PIB ont été responsables pour plus de 12 % de l’augmentation de ce ratio. L’aide financière apportée aux pays de l’UE a encore ajouté 3,5 %. En 2017, le solde primaire a plus que compensé la différence entre la charge d’intérêts et la croissance du PIB, réduisant de 0,2 % le rapport dette / PIB à 131,8 %. D’après les prévisions de la Commission européenne, cette baisse devrait se poursuivre au cours des années à venir, le taux devant être ramené à 130 %.

La composition de la dette publique italienne a évolué, en matière de maturité comme de détention. Le montant des titres de dette détenus par la Banque d’Italie est passé de EUR 97 mds en 2012 à EUR 363 mds en 2017 (près de 20 % du total). La part de la dette détenue par les non-résidents a été ramenée à 32 %, l’un des plus faibles niveaux de la zone euro. Par ailleurs, la maturité moyenne résiduelle de la dette a augmenté pour atteindre 7,4 ans et on a également assisté à une amélioration de la sensibilité de la dette aux variations de taux d’intérêt. D’après les estimations du ministère des Finances, une hausse de 100 points de base (pb) appliquée à toute la courbe des taux augmenterait le ratio des dépenses d’intérêts sur PIB de 0,13 % la première année (environ EUR 2 mds) et de 0,28 % sur la deuxième. Au cours des deux derniers mois, le rendement sur les emprunts d’Etat à dix ans a augmenté d’un peu plus de 100 pb, le spread sur le Bund connaissant une hausse d’environ 140 pb. La coalition réunissant le Mouvement Cinq Etoiles et la Ligue qui a formé le nouveau gouvernement a présenté un programme détaillé prévoyant la simplification du système fiscal, une réduction de l’impôt sur le revenu des ménages, la rationalisation du système des retraites et l’introduction d’un revenu universel. Ces mesures doivent être mises en œuvre au cours des cinq prochaines années.

Giovanni Tria, le nouveau ministre des Finances, a récemment déclaré que chaque mesure devrait être couverte par des ressources financières. De fait, le budget sera donc compatible avec l’objectif de réduction du ratio dette / PIB et sa préparation fera l’objet d’un dialogue continu avec la Commission européenne.

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