Italie – Une reprise de plus en plus auto-entretenue

Portée par le rebond de la demande intérieure et des exportations nettes redevenues positives, la reprise est désormais plus auto entretenue. En 2017, le PIB réel a progressé de 1,5 %. La situation du marché du travail s’est encore améliorée, soutenant les dépenses des ménages. Les dépenses en biens d’équipement et en technologies numériques de pointe ont continué à bénéficier de conditions de financement favorables ainsi que des mesures d’incitation fiscales. En 2017, le nombre de transactions immobilières a augmenté pour la quatrième année d’affilée, mais à un rythme moins soutenu qu’auparavant. Selon plusieurs indicateurs, on peut s’attendre à une légère amélioration des conditions générales dans le secteur immobilier au cours des prochains mois.

■ Robustesse des exportations
La reprise économique est désormais plus auto-entretenue. La croissance du PIB réel a grimpé de 1 % en 2016 à 1,5 % en 2017, un taux record depuis 2010. Comme en 2016, la contribution de la demande intérieure à la croissance globale a été de 1,5 point de pourcentage, tandis que les variations de stocks l’ont amputée de 0,2 point. A la faveur du retournement de la conjoncture mondiale, la contribution des exportations nettes est redevenue positive pour la première fois depuis 2013 (0,2 point). Malgré une reprise régulière depuis quatre ans, le PIB réel se maintient à 5,5 % en dessous du niveau antérieur à la crise.

En 2017, le raffermissement de l’activité économique s’est généralisé. La production manufacturière a augmenté de 2 %, tirée par la forte progression des équipements de transport (5,3 %) et des produits pharmaceutiques (4,5 %). L’activité dans les services a grimpé de 1,5 %, dont une progression de 4,5 % dans la restauration et l’hôtellerie. Malgré une accélération de l’activité, le secteur de la construction s’est à peine redressé. La valeur ajoutée du secteur a augmenté de 0,8 %, mais elle est restée à plus de 30 % en deçà du pic de 2007.

Les indicateurs issus des enquêtes et les dernières statistiques montrent que la reprise s’est poursuivie au T1 2018 au même rythme qu’au T4 2017. Pendant les deux premier mois de 2018, la production industrielle a progressé de 3,4 % en glissement annuel (g.a.) grâce à un fort rebond du textile, de l’habillement et des chaussures (5,9 %) et des produits métallurgiques (9,1 %). Enfin, les exportations ont crû de 9,5 % (g.a.) en janvier, les ventes dans l’Union européenne ayant bondi de 13 %. Sur l’ensemble de l’année 2018, le PIB réel devrait, selon les prévisions, connaître une expansion d’autour de 1,5 %.

Les élections législatives ont donné deux grands gagnants, le Mouvement 5 étoiles et la Ligue du Nord, sans pour autant se solder par une majorité claire. La formation d’une nouvelle coalition pourrait prendre du temps. En l’absence d’un gouvernement majoritaire, la Commission européenne pourrait faire preuve de patience en n’exigeant pas de réformes supplémentaires pour réduire le déficit budgétaire structurel de 0,6 point de PIB en 2018. Le gouvernement sortant de Paolo Gentiloni s’était engagé à mener des réformes qui ne devraient rapporter que 0,3 point. D’importantes incertitudes planent sur l’année prochaine, notamment le risque de revenir sur les réformes des régimes de retraite et du marché du travail.

■ Progression modérée de la consommation
En 2017, la consommation privée a progressé de 1,3 %, avec une contribution de 0,8 point à la croissance du PIB. Les ménages italiens ont, en particulier, accru leurs dépenses en communication (5 %), en hôtellerie-restauration (3,6 %) et en produits et services de santé (2,8 %). La consommation a continué de bénéficier de l’amélioration des conditions sur le marché du travail. En 2017, l’Italie a créé plus de 200 000 postes, portant le chiffre de l’emploi à 22,4 millions. Le marché du travail a, en particulier, enregistré une nette augmentation des seniors de 55 à 64 ans (près de 230 000). En 2017, ces travailleurs représentaient 18,4 % du total, soit 8 points de pourcentage de plus qu’avant la crise. En revanche, le taux d’emploi des jeunes (15-24 ans) a chuté à 4,5 %. La suppression des incitations fiscales à l’embauche en CDI pendant l’année a entraîné une nette augmentation des contrats temporaires. Les salaires ont quasiment stagné. Comme la hausse des prix s’est établie à 1,3%, le revenu disponible réel n’a augmenté que de 0,6 %. En réaction à ces développements décevants du revenu, les ménages ont diminué leur taux d’épargne, de 8,5% en 2016 à 7,8%, pour maintenir leurs prévisions de consommation.

■ Raffermissement de l’investissement
La situation économique et financière des entreprises s’est améliorée. En 2017, la valeur ajoutée des sociétés non financières a augmenté de près de 3 %, le niveau le plus élevé de ces vingt dernières années. Conséquence, le moral des chefs d’entreprises s’est amélioré et est proche d’un niveau record depuis mi-2017. Soutenu par des conditions de financement favorables et par les incitations fiscales, l’investissement total a progressé de 3,7 % en 2017, contre +3,2 % en 2016, malgré un nouveau repli de l’investissement public (-2,5 %). L’investissement a augmenté de 2 % dans le secteur des machines-outils et des équipements et de 35,5 % dans les équipements de transport. Malgré la robustesse de la reprise, l’investissement total reste inférieur de plus de 20 % au pic de 2007.

■ Transactions en hausse dans l’immobilier
L’Italie est le seul grand pays de la zone euro dans lequel les prix de l’immobilier ne se sont pas encore redressés. En réalité, les prix de l’immobilier ont évolué à la baisse entre 2011 et 2017. Selon les estimations préliminaires de l’Istat, les prix de l’immobilier résidentiel ont accusé un repli en glissement annuel de -0,3 % entre septembre et décembre 2017, bien qu’ils aient augmenté par rapport aux trois mois précédents (0,1 %). Pour l’ensemble de l’année 2017, la décrue a été de 0,4 %, les prix ayant reculé de 0,6 % dans l’ancien et légèrement augmenté dans le neuf (+0,1 %). Dans l’ensemble, la chute des prix des logements est de 16 % depuis le pic de 2011, une baisse presque entièrement imputable aux logements anciens. Pour autant, les transactions immobilières restent sur une courbe ascendante. En 2017, elles ont augmenté pour la quatrième année consécutive, quoique à un rythme plus faible qu’auparavant (4,8 % contre 16,3 % en 2016 et 6,6 % en 2015). Au T4 2017, les transactions immobilières ont crû de 6,3 % (g.a.) après une progression de 1,4 % (g.a.) au trimestre précédent. En conséquence, le nombre de transactions est passé à 542 480 en 2017, soit plus ou moins le même niveau qu’en 1997 et environ 335 000 unités de moins que le pic précédent de 2006 (877 000). Les transactions ont progressé dans l’ensemble du pays, mais surtout dans le sud (9,3 % en g.a. au T4 2017) et dans le nord-est (7,4 % en g.a.). La croissance tendancielle des ventes dans le centre du pays a été assez faible (3 %), principalement en raison des mauvaises performances des grandes villes de la région (0,3 % en g.a.). Les autres régions ont, en revanche, enregistré une croissance proche de la moyenne nationale.

Plusieurs indicateurs prévoient une légère amélioration du marché immobilier dans les prochains mois. Selon Nomisma, cabinet d’enquêtes spécialisé dans ce domaine, le délai moyen de vente d’une maison, qui était de dix mois, à son plus haut, en 2014, a lentement diminué pour se situer à présent aux environs de sept mois. Sur la même période, le délai nécessaire pour louer un logement a reculé de 3,9 à 2,8 mois et le rabais moyen obtenu sur le loyer demandé n’a cessé de reculer pour atteindre à présent 15 %. De plus, 50 % environ des agents immobiliers interrogés par la Banque d’Italie s’attendent à une amélioration générale de la conjoncture au cours des deux prochaines années, tandis que pour 7 % d’entre eux, la situation devrait se dégrader.

Jusqu’à présent, le secteur de la construction n’a guère profité de ce début de redressement dans l’immobilier. D’après les statistiques de l’Istat pour le T4 2017, les investissements dans la construction étaient inférieurs de 35,5 % à ceux du T1 2008 en termes réels et de 30,4 % pour le seul segment résidentiel. Par ailleurs, entre septembre et décembre 2017, l’investissement dans la construction a progressé de 2,4 % par rapport à l’année précédente, dont une croissance de 2,8 % dans la construction de logements contre une progression de 4,4 % pour l’investissement total. De plus, la valeur ajoutée du secteur de la construction se situait, à la fin de 2017, à 32 points de pourcentage en dessous du niveau du premier trimestre 2008 en termes réels.

La longue période de crise qu’a connue le pays depuis 2008 s’est soldée par de nombreuses fermetures dans le bâtiment. Selon l’Istat, entre 2008 et 2015, 123 583 entreprises (soit 20 % des sociétés du bâtiment en 2008) ont mis la clé sous la porte. La crise a frappé, en particulier, les petites entreprises (-45,5 %) et celles de taille moyenne (-35 %)

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