mercredi, juin 16, 2021

Exclusivité: Anis Souissi, directeur général du Royal Hotel Hammamat: 500 000 Algériens ont séjourné en Tunisie entre juillet et août 2018

Dans cet entretien, nous avons abordé plusieurs sujets avec le nouveau directeur du Royal Hotel & Resorts -Hammamet, Anis Suissi.

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Diplômé en gestion touristique et hôtelière, détenteur d’un MBA et titulaire d’un 3éme cycle à l’université Perpignan, Anis Suissi parle en toute franchise avec des chiffres à l’appui.
Le jeune Directeur a décliné plusieurs offres de travail à l’étranger pour gérer de prestigieux établissements. Il veut surtout apporter sa contribution à l’économie tunisienne, avec la relance du tourisme. Dans cette interview, Anis Suissi salue la nomination de Monsieur René Trabelsi à la tête du ministère du Tourisme. Il estime que c’est ce genre de responsable qu’il faut pour relancer l’activité touristique du pays.

Vous avez reçu des offres alléchantes pour travailler à l’étranger. Vous avez choisi de traveller en Tunisie. Pourquoi ?
Je préfère rester en Tunisie. La Tunisie, c’est mon pays. J’aime mon pays, son climat. Je veux rendre service à la Tunisie qui nous a tant donnée. Le peuple tunisien mérite tout le bonheur du monde. La Tunisie a besoin de ses enfants, de ses cadres. Je suis resté pour apporter ma contribution à l’édifice et pour apporter une valeur ajoutée au développement national.

Le plus grand flux de touristes ces dernières années provient de notre pays voisin de l’ouest, l’Algérie. Comment doit-on se comporter avec eux pour le fidéliser encore d’avantage ?
Le touriste algérien est considéré comme un touriste local pour les tours opérateurs tunisiens. Je tiens à remercier les algériens pour leur contribution au développement du tourisme en Tunisie. A ce propos, il est utile de relever quelques incohérences et confusion de chiffres.

Contrairement à ce qui est généralement colporté, le nombre de touristes algériens qui visitent la Tunisie entre en juillet et août, n’atteigne pas le nombre mirobolant d’Un(1) million. Le chiffre est d’ordre 500 000 millions estivants.

Durant toute la saison estivale, les touristes algériens ne dépassent les huit-cents mille (800 000) touristes. Nous avons noté depuis quelques temps de bonnes nouvelles.
La culture du touriste algérien a évolué. Elle est traduite par la visite de la Tunisie à longueur d’année, pas seulement en haute saison. Pour pérenniser cette demande, les pouvoirs publics, les tours opérateurs tunisiens doivent être attentifs pour prendre en charge de la meilleure façon cette demande.

Certains spécialistes notent une défaillance dans la prestation hôtelière en Tunisie. Quelle est votre analyse sur ce point sensible dans le métier d’hôtellerie ?
Le volet service est en net recul, contrairement à ce qui est souvent annoncé. Cette situation est provoquée par la perdition du personnel qualifié, affectant le secteur dont la rentabilité s’affaisse. Il y’a aussi le fait qu’il est difficile de trouver actuellement le profil adéquat pour le recrutement.

Il faut également se remémore de la crise qu’a connu le pays dont le secteur du tourisme a été affaibli. D’ailleurs ce n’est le seul domaine qui a connu des difficultés. Il y’a aussi le secteur transports, les réseaux routiers, entre autres.

Mais depuis quelque temps, les professionnels du tourisme affichent de l’optimisme. Comment pouvez-vous nous résumer cette situation ?
En effet, si certains indices est un prélude à des jours meilleurs, cet optimisme ne touche pas tous les acteurs. Pour s’en apercevoir, il faut prendre en exemple le taux d’occupation des hôtels. Le taux d’occupation annuelle des ne dépasse les 37% en moyenne. Est-ce normal ? Je ne pense pas. A titre de comparaison avec le Maroc qui a moins d’atout que la Tunisie, réalise le triple de notre chiffre d’affaires. Les établissements essaimés à travers le territoire tunisien n’affichent plus complet entre octobre et mars.

Cette situation est aggravée par le manque d’événementiel, comme l’organisation de congrès et de séminaires, pouvant amorcer de réelles possibilités d’investissement. De plus, les hôtels sont dans de sales draps. En témoigne, le ratio de l’ordre de 40% de charges, qu’elle dépense, alors que la norme ne devait dépasser les 30%. Taux assez élevé qui a un impact négatif sur le revenu brut. Nos recettes annuelles ne dépassent en moyenne les 140 dinars par chambre, alors qu’en Liban elles atteignent les 300 euros. Ces chiffres témoignent du chemin qui reste à faire chez les hôteliers tunisiens.

Nous avons un ministre du Tourisme qui connait bien le secteur. Quel est votre avis sur cette nomination ?
Monsieur René Trabelsi, est un bon ministre. C’est ce genre de responsable qu’il faut pour relancer l’activité touristique du pays. Nous avons un ministre technocrate, qui maitrise le sujet. A mon sens, il faut penser à ouvrir d’autres pistes pour trouver des niches. Nous devons penser aux pays pourvoyeurs de grand nombre de touristes, à l’image de la Chine et des pays du Moyen-Orient, notamment. Le chantier des visas est à redynamiser en urgence. Pour que la Tunisie soit encore plus attractive, il faut rompre avec la lenteur dans délivrance de visa aux touristes notamment pour ceux qui viennent du Moyen-Orient. Ces derniers sont classés parmi les populations les plus dépensières. Nous devons faire en sorte de satisfaire tous les besoins du touriste. Nous avons vu des touristes moyen-orientaux rompre ou écourter leur séjour pour diverses raisons. Ce genre de situation ne doit plus se produire dans notre pays. C’est l’image de la Tunisie qui est en jeu. Dans ce cas, il faut offrir un service impeccable et irréprochable.

Le Royal Hotel Hammamet ne laisse pas indifférent, que ce soit dans le milieu d’affaires, auprès des clients ou chez les partenaires de l’Etablissement. Quelle est la stratégie tracée à moyen et long terme du Royal Hotel & Resorts -Hammamet ?
Nous avons des stratégies de services, des investissements pour améliorer l’exploitation. Depuis 1996, nous investissons chaque année, ce qui prouve que l’établissement hôtelier est toujours debout et générateur de richesses. En matière de formation, nous ne lésinons pas sur les moyens pour améliorer la qualité de l’élément humain, qui demeure le socle de l’épanouissement de chaque secteur. Le Royal Hotel Hammamet est un label et une notoriété à défendre. Nous ne lésinons sur les efforts pour garder notre standing. Car, le développement touristique dépende du lancement de plusieurs chantiers : La formation des ressources humaines pour la qualification des prestations de services, la redynamisation de la coopération internationale, la restructuration infrastructurelle, le renforcement du marketing, le règlement de l’endettement des hôtels auprès des banques publiques, la révision des normes des établissements hôteliers.

Propos recueillis par Challenges TN avec Challenges ALG
Photos : Berrazaga

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